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Aboie, Georges!

Quand j’étais petite, j’avais des cours de technologie au collège. On y apprenait les rudiments du langage informatique. On étudiait DOS, et on créait de petits codes pour déplacer une tortue, (oui, j’ai cet âge là). Notre établissement était tellement bien équipé, qu’on avait même une imprimante DAO (Dessin Assisté par Ordinateur, si jamais ça t’échappe), grâce à laquelle nous réalisions de petits chef d’oeuvres. Tout ça pour quoi, me direz-vous? Tout ça pour des années plus tard, repenser à nos exercices de DAO à chaque fois que je lis Aboie, Georges!

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En effet, le dessin au trait noir, le coloriage plein, évoquent sans coup férir une palette graphique. Le dessin est un peu succinct, mais se prête finalement bien à cette histoire, qui emprunte le registre que j’appellerais de la bonne grosse blague. Le récit suit une trame on ne peut plus classique: une situation problématique se développe étape par étape page après page, et arrivée au milieu du récit, se désamorce page après page, pour finir sur un pied de nez rigolo. C’est par exemple exactement le même mécanisme que Va-t-en, Grand Monstre Vert.

Bon, c’est bien gentil de savoir comment ça raconte, mais ça raconte quoi? Au début, on pense que Georges est un peu con.

Mais on se rend vite compte que son problème est un peu plus complexe que ça. Parce qu’il ne fait pas seulement « Miaou ». Il fait aussi « Coin coin », « Oink », « Meuh ». Plus ça va, plus sa mère se décompose. On voit bien que si au début elle se contente d’être agacée, elle est de plus en plus affolée, voire anéantie par le comportement erratique de son fils. C’est tellement réussi au niveau du dessin (voir ci-dessus-dessus, on voit bien que la mère de Georges ne voit plus d’issue possible), que j’ai l’impression de me voir quand je me désagrège, par exemple quand James n’a toujours pas mis sa deuxième chaussette au bout de 20mn. Oui, d’abord je pense qu’il est un peu con, puis qu’il a peut-être aussi un problème moteur, puis que c’est peut-être une pré-adolescence précoce, puis je pense qu’il n’y a plus d’options, il va falloir le rendre. Puis il met sa deuxième chaussette, et on passe à la suite. Bref, revenons à nos chiens. La mère de Georges est tellement affolée, qu’elle décide d’aller chez le vétérinaire, qui prend son courage (et ses gants) à deux mains, et va voir ce qui contrarie ce cher Georges.

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(ici, un cochon)

La mère de Georges est tellement heureuse d’entendre son fils aboyer de nouveau qu’elle se met à lécher tout le monde (je vous épargne le visuel), et voit à nouveau la vie du bon côté. J’adore cette page, car c’est la seule page du livre où Jules Feiffer s’embarrasse d’un décor (bon, là, en l’occurrence, des personnages, mais c’est presque un décor). Démultiplié, je trouve le trait vraiment élégant.

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Mais bien entendu, ce sacré Georges ne compte pas en rester là, Jules non plus. Et au lieu d’aboyer, voilà-t-il pas qu’il dit:

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Pardonnez mes péchés j’ai encore spoilé

Mais quelle crapule ce Georges, qu’est-ce qu’il a encore mangé!

Bon, on l’aura compris, ce que j’aime avant tout dans cet album, c’est sa fraîcheur, et son espièglerie. D’abord, c’est objectivement drôle. Les expressions de la mère et du vétérinaire, aussi rudimentaires soient-elles, sont particulièrement réussies. C’est pop, grâce aux grands aplats de couleur sans chichis. C’est ludique puisqu’une fois encore le narrateur doit imiter des animaux, et didactique, puisque le lecteur en profite pour apprendre le nom des animaux. Il faut savoir que dans la « vraie vie », Jules Feiffer est un caricaturiste plutôt bien connu aux Etats-Unis (genre il a gagné le Prix Pullitzer), ce qui explique surement la simplicité et surtout l’efficacité du trait. Si le lecteur y met un peu du sien, c’est un succès garanti avec les kids, même les plus petits. En tous cas, chez nous, ça marche à tous les coups – mais il faut dire que nous sommes d’excellents acteurs, dotés d’un talent tout particulier pour les cris d’animaux.

Aboie, Georges! de Jules Feiffer, traduit par Claude Lager, publié en 1999, et édité par L’Ecole des Loisirs en 2000. (0-3 ans)

3 réflexions au sujet de « Aboie, Georges! »

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