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Leur parler de la mort

Récemment, les garçons ont perdu leur arrière grand-père. De ce deuil dans l’ordre des choses, j’aime retenir que les garçons ont eu la chance, la joie et la richesse de connaître leur arrière grand-père (et d’avoir encore une arrière grand-mère – et une belle arrière grand-mère, qui n’aimerait surement pas que je l’appelle comme ça)!

La première chose que l’on a faite, c’est de partager avec eux les émotions qui nous ont submergés, leur père qui perdait son grand-père, et moi. Peine, chagrin, nostalgie, peur, mais aussi joie de se souvenir de tous les beaux moments, et de les chérir, et de l’amour, plein d’amour. Si Marcus, qui a 2 ans, est trop petit pour avoir saisi la signification de cette mort (il s’attend encore à voir son arrière grand-père quand il va visiter son arrière grand-mère), James lui, qui a 5 ans, est avide de comprendre ce que cela veut dire, être mort.

Après avoir en avoir discuté avec lui pendant quelques jours, lui avoir parlé du corps, de la poussière, d’enterrement, de crémation, de souvenir, d’âme, d’esprit, de sommeil éternel, évité tout ce qui est putréfaction, et essayé de respecter ce qui ne sont pas mes croyances mais pourrait éventuellement devenir les siennes un jour (un vrai défi), j’ai fini par faire ce que je sais faire de mieux: je suis allée acheter des livres. A cet égard, trouver un rayon « mort » dans la section jeunesse de Filigranes m’a évidemment été d’un grand secours, d’autant que le choix était assez vaste pour que je puisse vraiment choisir les livres qui me semblaient correspondre le mieux à la situation, soit une approche de la mort en général.

 

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Je suis restée raisonnable, je n’ai choisi que quatre livres

J’avais besoin de lui proposer des mots et des images qui lui permettent de se faire sa propre idée de la mort, et d’un point de vue pratique, d’en comprendre le caractère définitif sans pour autant développer de phobie irrationnelle à son égard. Je dois dire d’emblée que c’est James lui-même qui a su trouver les mots les plus justes, lorsqu’il nous a expliqué que finalement, c’était comme si Tonton (son arrière grand-père) était resté dans son rêve. Bingo. James, 5 ans, fait mieux que son père, sa mère et Françoise Dolto réunis (sauf le respect de Françoise Dolto).

Bref, voici les livres que j’ai choisis, et quelques commentaires à leur sujet.

  • Le Petit livre de la vie et de la mort

La première raison pour laquelle j’ai choisi ce livre, c’est qu’il n’y a pas que le mot « mort » dans le titre, il y a aussi le mot « vie ». Ca permet de mettre rapidement les choses en perspective, et de rappeler que si la mort est un moment très triste qui suscite beaucoup de peine, nous qui lisons ce livre, présentement, nous sommes en vie. Une évidence, mais qu’on oublie parfois de souligner dans la confusion quand on cherche à parler de la mort à un enfant. Parler de la mort, c’est aussi parler de la vie. Le livre n’est pas très « facile », il commence d’ailleurs par plusieurs représentations de la mort que l’on peut rencontrer dans l’art ou la conscience collective: la mort comme un tunnel aveugle, un puits sans fond, un sommeil sans fin, ou encore une chaise vide où personne ne s’assoit (je ne sais pas pourquoi, je trouve cette dernière image particulièrement glaçante, surement parce qu’elle met en scène ceux qui restent, et non pas le mort lui-même).

C’est pas très gai tout ça, mais la mort non plus. Puis le livre aborde rapidement les croyances ancestrales, le cycle de la vie, puis des questions très concrètes, que d’expérience les enfants posent, et face auxquelles on est souvent très dépourvu (surtout quand il s’agit d’évaluer le « graphisme » des réponses que l’on peut se permettre de faire): comment meurt-on, est-ce que ça fait mal, à quel âge doit-on mourir, peut-on décider de mourir, que fait-on du corps? Et la question bonus à laquelle je n’avais même pas pensé: peut-on éviter de mourir? (la réponse est non) Bien sûr, le livre s’interroge également sur l’après, où va-t-on? Il n’en sait rien, et conclue sur « le mystère de la mort ». Bien joué 🙂

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C’est évidemment très didactique, mais joliment illustré, et il y a même un petit bonus lexical pour conclure qui reprend les expressions dans lesquelles on trouve le mot « mort ». Je trouve ce livre très complet ET accessible à un enfant de 5 ans.

  • Si on parlait de la mort

Le livre fait partie d’une vaste collection de petits ouvrages pratiques qui abordent plus de 70 questions plus ou moins complexes, de la mort à la bi-nationalité, en passant par le divorce, la famille, l’adoption… La collection est dirigée par Catherine Dolto, la fille de. J’ai choisi ce livre car il propose une dizaine de courts paragraphes qui me semblaient être en phase avec les émotions de l’enfant (plus qu’avec son intellect comme c’est le cas du livre précédent). Il évoque avec des mots simples les grandes émotions qui peuvent submerger l’enfant (la peine, l’incompréhension, la colère, la culpabilité), sans rien lui imposer. C’est moins factuel, mais c’est aussi ce que je cherchais!

C’est encore plus vite lu que le livre précédent, j’ai trouvé ces quelques petites explications assez délicates, et moi-même ça m’a parlé. Pour le coup, c’est plutôt la 4ème de couverture qui m’a convaincue: « Mine de rien, quand quelqu’un qu’on aime meurt, ça rassure de savoir que la vie continue, et qu’on a le droit d’être heureux. »

  • L’Ours et le Chat Sauvage

Comme je l’ai déjà écrit à de multiples reprises en un temps étonnamment court, on est un peu in love de Komako Sakaï à la maison. Alors quand j’ai vu qu’il y avait un de ses albums dans le rayon « Mort » de Filigranes, je l’ai pris sans même le feuilleter. Les textes ici ne sont pas de Komako Sakaï, mais de Kazumi Yumoto. On retrouve dans cet album toute la délicatesse, le sens du mouvement et du détail qui caractérisent le travail de l’illustratrice.

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Le livre suit le parcours d’un ours qui suite à la mort de son meilleur ami l’oiseau, va devoir affronter l’une après l’autre les différentes étapes du deuil (la peine, la colère, le déni, le souvenir, l’acceptation) pour reprendre pied et embrasser la vie. C’est doux, tendre, subtil, tout en n’occultant pas le chagrin et les moments d’obscurité que traverse celui qui perd un être cher.

  • Bonjour Madame la Mort

Un soir d’orage, la Mort sonne à la porte d’une vieille paysanne. Alors qu’elle pense régler la question en deux temps trois mouvements, la vieille paysanne lui donne du fil à retordre: elle s’obstine à ne pas comprendre pourquoi elle est là. La vieille lui offre à boire, s’inquiète de sa santé, et finit par la mettre au lit en lui chantant une berceuse.

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Les jours passent, et la Mort qui a trop trainé a de plus en plus de mal à se résoudre à faire ce pour quoi elle était venue à la base… Mais on ne trompe pas indéfiniment la Mort, et après avoir passé du bon temps, la vieille paysanne finit par s’éteindre paisiblement dans son sommeil, non sans avoir au préalable fait de la Mort une amie.

Les illustrations de Jean-Charles Sarrazin ne sont pas trop ma tasse de thé, mais j’aimais bien l’idée de personnifier la mort pour mieux l’apprivoiser, ou à tout le moins l’appréhender. Cela fonctionne plutôt bien, et donne même des scènes plutôt cocasses voire rigolotes. C’est particulièrement parlant quand il s’agit d’aborder avec l’enfant la disparition d’une personne âgée, et de se rappeler ensemble qu’avant de mourir, elle a surtout vécu une belle vie, avec plein de bonheurs et de souvenirs précieux. Par contre, le texte est assez long. On a apprécié de le lire avec James malgré sa longueur, car nous étions tous les deux en recherche de lecture qui répondent à nos questions, mais j’ai l’impression que le livre est quand même plus adapté pour des enfants de 7-9 ans, qui lisent seuls.

Voici donc les quelques livres que nous avons lus pour accompagner ce moment difficile…

Le Petit livre de la mort et de la vie de Delphine Saulière et Rémi Saillard, édité par Bayard Jeunesse (2005)

Si on parlait de la mort du Dr Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée, illustrations de Frédérick Mansot, édité par Gallimard Jeunesse, collection Giboulées (2006)

L’Ours et le Chat Sauvage de Komako Sakaï (illustrations) et Kazumi Yumoto (texte), adaptation française par Florence Seyvos, édité par L’Ecole des Loisirs (2009)

Bonjour Madame la Mort de Pascal Teulade et Jean-Charles Sarrasin (illustrations), édité par L’Ecole des Loisirs (1997)

2 réflexions au sujet de « Leur parler de la mort »

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