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Cinéma, Cinéma #1: Les Malheurs de Sophie

Il fallait bien que ça arrive, c’est plus fort que moi, j’ai envie de vous parler cinéma. Cinéma, mais une adaptation littéraire, donc on est presque dans le thème, non?

Avec James donc, on a un petit rituel qu’on aime bien: on s’achète un paquet de sucettes chez Hema, et on se fait une toile. On fait ça régulièrement, pendant les vacances, ou les journées pédagogiques, parfois même le mercredi après-midi, la folie. En général, on va manger un petit bout avant ou après, souvent un hamburger aseptisé, parfois des sushis, des ramens, des gyozas ou une pizza.

On va voir pas mal de films, des bons, et des moins bons. Souvent, je m’endors un peu, James jamais. On voit les Disney, les Pixar, les Dreamworks, on voit les films belges (y’en a peu), on voit des films français, on évite les suites, et on devrait aller plus souvent voir des séances exceptionnelles, ou des séances de festival. Depuis la rentrée par exemple on a vu Le Livre de la Jungle, Zootopie, Phantom Boy, Le Bonhomme de Neige, Le Petit Prince, Le Voyage d’Arlo, Snoopy (et j’en oublie peut-être).

Bref. En ce lundi férié, c’était donc l’occasion de nous faire une toile. On a casé Marcus chez ses cousines, et en échange, j’ai embarqué James et son cousin Simon (5,5 et 6,5 ans donc, pour info) pour aller voir l’adaptation des Malheurs de Sophie par Christophe Honoré. Une sorte de fantasme snobino-cinéphile en somme. J’ai lu avec adoration et application les aventures de cette charmante petite fille a-modèle quand j’étais petite, et je me réjouissais de partager avec James sa cruauté envers les animaux son espièglerie.

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Hum, à quelle sauce pourrions-nous les manger?

Ce que j’avais oublié, c’est que dans Les Malheurs de Sophie, il y a Sophie, mais il y a aussi ses malheurs. A ma décharge, Christophe Honoré a dans le film opéré une sorte de mash-up entre Les Malheurs de Sophie et Les Petites Filles Modèles. Alors c’est quoi l’histoire? Sophie, pauvre petite fille riche, tourne en sa demeure comme ses poissons dans leur bocal: en rond. Elle s’ennuie, soupire, trépigne, piétine, piaffe d’impatience. Chaque nouvelle minute doit être le terrain d’une nouvelle aventure. Alors Sophie explore le château de fond en comble, arpente le jardin. Elle martyrise sa poupée, prend des douches sous la fontaine glacée, sert des dinettes empoisonnées, et bien sûr, zigouille ses poissons rouges. Sophie est libre, intense et légère, grave et rieuse. Mais une ombre plane sur le tableau, un départ imminent pour les Amériques où son père compte bien faire (encore un peu plus) fortune. Hélas le destin n’est pas tendre avec Sophie, lui arrachant sa mère lors du naufrage de leur bateau, puis son père d’une fulgurante maladie. Entre-temps, ce dernier s’est marié avec Mme Fichini, la marâtre alpha, qui ramène la fillette en France. Mme Fichini a une conception bien à elle de l’éducation, essentiellement basée sur l’usage du fouet, auquel l’insolente Sophie ne va pas manquer de goûter. Heureusement finalement que cette marâtre n’a pas de coeur, et aura tôt fait de se débarrasser de l’encombrante enfant pour la confier à sa voisine, Mme de Fleurville, qui n’est autre que la mère des petites filles modèles.

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La délicieusement abjecte Mme Fichini (oui, c’est Muriel Robin, impeccable dans le rôle)

Le début du film n’a pas laissé de m’intriguer. Su un écran 4/3 voire plus petit (à la limite du format Instagram carré) apparait un générique résolument 70s, bercé par la musique volontairement 70s pop d’Alex Beaupain. Format réduit + esthétique 70s: on se demande bien où Honoré compte nous emmener. Vers une série télé? Toujours est-il que le format est vite oublié, et que la musique prend toute sa place dramaturgique et toute sa liberté au fil du récit. Comme Sophie, qui déambule dans la nature avec la grâce, l’âpreté et la détermination de ses 6 ans, le récit, finalement assez fidèle des aventures de la petite fille et ses amies, trouve une légèreté aérienne dans sa forme complètement décomplexée, entre prise de parole face caméra pour faire avancer le récit, séquences chantées, ou irruptions d’animaux animés, un plaisir réel à réinventer l’époque napoléonienne, et juste ce qu’il faut de petits anachronismes. C’est avec enchantement que l’on partage avec Honoré sa joie de jouer à raconter Les Malheurs de Sophie. Le jeu d’ailleurs des acteurs, enfants comme comédiens professionnels, est remarquable là aussi par sa liberté, tantôt théâtral ou appuyé, tantôt naturaliste comme saisi sur le vif, jonglant avec des dialogues très écrits que chacun met à sa bouche à sa façon. La scène où Sophie pleure sa maman disparue, j’en ai encore des frissons. Ca, c’est ce que j’en ai pensé. C’est pop, c’est moderne, et à vrai dire, je crois que j’aime encore plus mon souvenir du film que je n’ai aimé le film. Et ça j’adore, les films qui reste en vous après les avoir vus.

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Réunion au sommet entre Sophie et les petites filles modèles

Sur le moment, je me suis beaucoup demandé comment les garçons allaient entrer dans le film, passer outre la forme tellement libre mais visible. Parfois, les scènes me semblaient aussi indolentes qu’un après-midi caniculaire d’été, et je me demandais comment des enfants biberonnés à Pixar ou à Disney pouvaient « tolérer » que le récit ralentisse et prenne le temps de se déployer. C’était une fausse interrogation, car eux se sont juste laissés raconter une histoire. Ils ont sursauté, ont rigolé, se sont attendris, m’ont donné des coups de coude, se sont cachés les yeux, ont dit « Noooon! » et « Ooooh! » et « Sophiiie! ». En fait face à cette liberté de raconter, j’aurais aimé avoir leur innocence à eux, leur approche libre de toute grammaire stylistique, et riche d’émotions de ce récit dans le fond grave, mais pétillant dans la forme.

Bon, ce que je voulais juste dire, c’est que je recommande chaudement ce film pour les enfants à partir, je dirais, de 6 ans. Il peut être un peu dur, mais le film est également l’occasion de parler des limites, de la désobéissance, des règles, des punitions, d’éducation, d’inventivité, de créativité, de l’amitié, et bien des choses encore. Quand j’ai demandé à James comment il a avait trouvé le film, il m’a répondu qu’il l’avait trouvé triste, mais que c’était un très bon film. C’est un film qui parle aux enfants en les regardant dans les yeux, sans leur cacher ce qui est difficile, mais en faisant preuve d’autant de curiosité qu’eux. C’était bien. Vivement qu’on retourne au cinéma.

Et d’ici là, objectif Comtesse de Ségur: je sens que mes prochaines brocantes auront un but bien précis!

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3 réflexions au sujet de « Cinéma, Cinéma #1: Les Malheurs de Sophie »

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