3-5 ans·5-7 ans·Les livres récents

Kiki King de la banquise

L’autre jour au Pêle-Mêle je suis tombée sur ces deux jolis livres au format instagram carré, dont je n’avais jusque là jamais entendu parler. Après les avoir lus, je me suis dit qu’il devait assurément s’agir de tubes de la littérature jeunesse (mais j’en sais rien).

Yep, je sais, on a vu meilleur cadrage 🙂

Donc, Kiki King de la banquise, c’est l’histoire d’un petit pingouin dont la vie est rythmée par le son « k ». Du coup, il lui arrive plein de choses improbables. Si tout va plutôt bien pour lui jusqu’à un certain point, à l’âge de quatre ans, il perd coup sur coup son père et sa mère – à cause de la banquise qui devait bien finir par faire craaaac. Bon, heureusement, c’est un truc qu’on a acté avec Les Malheurs de Sophie (oui, tes parents peuvent décéder de façon quasi concomitante lors d’une succession d’accidents malheureux, c’est ballot et c’est rare, mais ça reste une option de vie). (Passée la surprise, je n’ai qu’à eu à dire: « Mais oui, tu sais, ça arrive, comme dans Les Malheurs de Sophie« , et hop, emballé c’est pesé le double décès). Evidemment à partir de là tout va de mal en pire. C’est pas un hasard si la banquise a craqué, c’est la faute au dérèglement climatique. Et on peut dire que les mercenaires écolos qui recueillent Kiki sont loin d’être blancs comme neige. Acculé, Kiki complote avec ses co-détenus pour commanditer l’escapade qui les entraîne tout à trac… en Amérique (lire la suite, Kiki en Amérique).

Kiki King de la Banquise est un livre espiègle, timbré, insolent, absurde, déjanté, frais et même poétique tiens. Porté par d’irrésistibles allitérations gutturales  auxquelles on doit des références aussi inoubliables que Capri, c’est fini (et même Kamel Ouali), la série des Kiki offre de surprenantes tranches de rigolade malgré une légère tendance à accabler son petit personnage de péripéties pour le moins tragiques (oui, en deux tomes, Kiki devient orphelin, on l’a vu, est attaqué par des requins, expérimenté par des écolos sadiques, confondu avec un terroriste, emprisonné, précarisé, ringardisé, alcoolisé, et bien sûr kidnappé). Le texte est d’une rare fantaisie, et les illustrations simples et diablement efficaces. Dans le premier tome en particulier, les strates narratives s’empilent, entre récit et commentaires. Commentaire sur la couverture (sur laquelle on trouve un bandeau vantant ainsi le livre: « Le 1er épisode de la série culte encore inconnue »), avant l’histoire, après l’histoire, pendant l’histoire. Le plan est presque systématiquement composé d’une couche supérieure (au-dessus de l’eau où se déroule les péripéties de la vie de Kiki), et d’une couche inférieure (l’océan), où des personnages divers et variés commentent le récit:

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Vous l’aurez compris, Kiki, c’est drôle, très drôle même. C’est drôle au premier degré, parce que Kiki fait pas mal de bêtises. C’est drôle parce que c’est absurde, ça marche encore assez bien avec les petits (réaction typique: pffff, mais c’est n’importe quoi! – ricanement offusqué). Enfin c’est drôle parce que c’est plein de références. Regarde un peu cette frise par exemple, qui introduit les livres de Kiki en 2ème et 3ème de couverture :

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C’est drôle par exemple, parce que ça se permet des raccourcis impensables scientifiquement sur un dispositif aussi codé que celui de la frise chronologique. « Longtemps avant Kiki », ça veut à la fois dire: je suis pas un cador en histoire, je vais donc recourir à des adverbes de temps afin d’éviter de devoir dater/ ce qui s’est passé avant Kiki, on s’en fout/ Kiki est comme toi et moi, avant lui, c’était les dinosaures. Quant à « Kiki in ze fioutcheur », si tu sais pas lire ET que tu ne parles pas anglais, tu avoueras qu’il est probable que tu passes à côté de la blague.

Alors tu me diras, c’est bien, ça crée du lien avec les enfants, tu dois expliquer ce qui te fait rire, c’est un moment de complicité… L’humour au énième degré, c’est bien. C’est bien, mais c’est fatiguant. C’est fatiguant, parce que ça amène l’enfant lambda à poser ENCORE plus de questions. Je savais pas que c’était possible, mais en fait si. Par exemple, vas-y pour expliquer à James pourquoi un sous-marin qui dit « Kartoffeln! Was ist loss? » c’est drôle. Parce qu’il parle allemand. Pourquoi un sous-marin qui parle allemand c’est drôle? Parce que ça fait référence à la guerre. Pourquoi faire référence à la guerre c’est drôle? Parce que mieux vaut en rire qu’en pleurer, non? (#3615mauvaisefoi) (c’est légal de hashtaguer un 3615? je sais plus). Toujours est-il que lire Kiki demande une certaine gymnastique de l’esprit, surtout le tome suivant, Kiki en Amérique, où Kiki, après avoir échappé aux vilains écolos, se lance dans une carrière cinématographique fulgurante. (Oui James, c’est drôle que Kiki soit devenu alcoolique et cocaïnomane, parce que c’est un pingouin, et les pingouins alcooliques, c’est drôle).

Visiblement, il existe déjà plein d’autres tomes des aventures de Kiki, des grands livres (comme cela) et des petits livres, comme Kiki fait caca (on l’a pas encore, mais il est déjà très vivant dans nos esprits), Kiki est kaki, Kiki fait des crêpes et même Kiki kiffe l’école, dont on parlera un autre jour, mais je te mets quand même la couverture, parce que c’est drôle dès la couverture:

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Ca tombe bien, parce que j’adore les séries, ça me permet de nourrir ma collectionnite.

 

Kiki King de la banquise, texte de Vincent Malone, illustrations de Jean-Louis Cornalba (2013), collection L’Ours qui pète au Seuil Jeunesse

PS: on parle du fait que les Kiki sont publiés au Seuil, dans la collection dite de L’Ours qui pète? 

 

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4 réflexions au sujet de « Kiki King de la banquise »

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