3-5 ans

La Naissance

DISCLAIMER: ceci n’est pas un sujet d’actualité, on est au complet à la maison, merci.

Avant d’avoir un petit frère, James, comme son père et moi, attendait un petit frère. D’abord il y a eu l’annonce, avec cette question idiote que posent tous les parents (« Tu aimerais avoir un petit frère ou une petite soeur? » « Heu, non, pas spécialement » « Ah ben zut, tu vas quand même l’avoir »), puis la photo de l’échographie (« Tu vois ça? C’est la tête! Mais si là! Mais tu vois bien quand même! »), puis les « Mets ta main sur le ventre? Tu le sens donner un coup de pied là? » (en général l’enfant dit « Non? », puis témoin de la déception à peine masquée de la mère, invente qu’il a senti un prout). Et là vous me voyez venir, on n’allait pas se lancer dans l’explication du miracle de la vie sans aucun support technique, donc, direction la bibliothèque.

En attendant Marcus, on a lu…

Bien sûr, on a eu recours aux petits albums documentaires sur la question, notamment l’album ci-dessous (Attendre un bébé dans la collection « L’Imagerie des tout-petits » chez Fleurus), très bien fait et détaillé, à la fois accessible, tendre et même rigolo. On y voit aussi bien l’évolution du bébé que de la maman enceinte, c’est donc une lecture tout à fait précieuse pour accompagner le futur aîné tout au long de la grossesse et de la naissance.

"Attendre un bébé" "L'Imagerie des tout-petits" Fleurus

Pour les tout-tout-petits, il y a aussi les jolis albums de Jeanne Ashbé, plus imagés, qui permettent surtout de faire prendre conscience de la transformation, de ce qui va changer et de ce qui ne changera pas (Et dedans, il y a et Et après, il y aura).

Evidemment dans ces cas-là, il est également toujours utile de recourir à des albums qui parlent à hauteur d’enfant, exprimant leurs doutes, leurs idées folles, leurs malentendus. Et c’est peu dire que le petit Simon de Stephanie Blake est passé maître en la matière. Regarde plutôt sa réaction quand il apprend que le bébé sort par le sexe de sa mère:

"Un bébé, dans le ventre de maman?" de Stephanie Blake

Parce qu’évidemment, c’est important de mettre aussi des mots d’enfants sur le phénomène, afin qu’il puisse se raccrocher à quelque chose (dit la mère dont on se moque car elle parle de « testicules » à son fils plutôt que de coucougnettes, par exemple) (ben quoi). Bref, dans Un bébé, dans le ventre de maman? de Stephanie Blake, Simon se fait expliquer le miracle de la vie par sa copine Lou, qui en a une vision tout à fait personnelle, qui manque peut-être un peu de précisions, peut-être un peu expéditive, mais qui n’est pas si éloignée de la réalité que ça:

"Un bébé, dans le ventre de maman?" de Stephanie Blake

Là, Simon en reste comme deux ronds de flanc devant cette information des plus cruciales (l’histoire de la zézette). Une fois de plus, je recommande chaudement les albums pop et rigolos de Stephanie Blake pour aborder les grandes problématiques de la vie des enfants  – même si tous n’ont pas la même efficacité (et concision!) que mon favori, Caca Boudin.

Pour info, on a aussi beaucoup lu Il y a une maison dans le ventre de ma maman, dont j’aimais tant le titre, mais je n’arrive plus à remettre la main dessus.

Pourtant, pendant ma deuxième grossesse, il y a deux livres que j’ai particulièrement chéris, car ils apportaient un éclairage différent sur le processus, qu’il soit décalé, ou au contraire d’un grand réalisme (un réalisme poétique, entendons-nous).

"Bébé" de Fran Manushkin et Ronal Himler

D’abord, Bébé de Fran Manushkin et Ronald Himler, un classique américain des années 70 paraît-il, dont le héros est un foetus qui n’en est déjà plus vraiment un, un bébé quasi prêt, un bébé frondeur qui prend ses aises dans la matrice, et décide qu’après tout, pourquoi sortir quand on est si bien à l’intérieur?

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Plein de vie et délicieusement insolent, le bébé fait tourner en bourrique toute la famille qui essaie en vain de l’amadouer, le menacer, le terrifier… sans succès, jusqu’à ce que le papa trouve la parade absolue, que je vous laisse découvrir.

Remarquez la diversité des positions absolument incroyable que prend le bébé dans le ventre de sa mère, un bébé déjà doué d’une grande autonomie tant qu’il est dans son élément naturel, qui garde un peu de sa morve en naissant  – mais point trop quand même. Les illustrations, limpides, sont d’une grande tendresse, cette succession de vignettes en noir et blanc d’où s’échappent parfois un coude ou une main rythme allègrement le récit et les hésitations de Bébé. Bref, j’adore ce livre un peu atypique où le bébé à naître sert de trait d’union inter-générationnel, où la famille dans toute sa splendeur et sa bienveillance se réunit autour d’une myriade de tendres baisers. Tant de félicité, c’en est presque indécent 🙂

"La Naissance" d'Agnès Rosenstiehl

Ce n’est surement pas un hasard si mon autre livre coup de coeur date aussi des années 70. Passons outre cette couverture pas terrible pour nous plonger au coeur de l’aventure de La Naissance, vue par Agnès Rosenstiehl (réédité ici chez Gallimard avec une couverture pour le coup magnifique). Au commencement, il y avait l’amour. L’amour, plein de tendresse, de complicité, de rires, de fusion, de sensualité, de souvenirs communs, de projets…

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Alors ils se marièrent (même si ce n’est pas une obligation, nous précise Agnès en mode full seventies 🙂 ), et eurent un enfant. Agnès ne contourne pas le comment. Deux premières planches, à la fois frontales et pudiques, reviennent sur les caractéristiques physiologiques de l’homme et de la femme, puis vient l’étreinte.

"La Naissance" d'Agnès Rosenstiehl

J’adore l’incroyable utilisation de la case, cette vue à l’angle surprenant, ces corps entourés de vide, seuls au monde. C’est beau !

Vient ensuite le temps de la gestation, abordé par petites touches poétiques, entre repos, câlins,  précisions anatomiques et réflexions existentielles:

"La Naissance" d'Agnès Rosenstiehl
Moi non plus je ne m’en souviens pas…

Puis la naissance, son récit pudique et plein d’émotion (« Tu es sorti de ton nid par mon sexe: la tête la première, puis tes épaules, et je t’ai pris sous les bras, hop! Tu étais né! tu as crié… On était si contents ton papa et moi qu’on riait tous les deux! »).

Epoque oblige, le livre fait passer quelques messages. On ne doit pas être mariés, bien sûr, on peut allaiter, mais le papa peut aussi donner le biberon si la mère est fatiguée, on appelle un chat un chat, on n’hésite pas à parler des menstruations… Au final, ce récit apparaît comme un acte de confiance envers le jeune enfant qui l’écoute. On l’estime assez pour lui parler sans détours, utiliser un vocabulaire simple mais précis, et ne pas recourir à des images troublantes (on est loin des choux ou des cigognes). D’ailleurs, le livre termine ainsi (ou presque), par une belle prise de conscience. Faire un nouveau bébé, c’est aussi faire un aîné:

"La Naissance' d'Agnès Rosenstiehl

Et puis bien sûr, il y a les superbes illustrations d’Agnès Rosenstiehl, à l’encre de Chine (du moins j’imagine), tellement vivantes et expressives! Des dessins qui alternent entre grands contours et petits détails, notamment dans les cheveux (et les poils!): accroche-coeurs, frisottis, petites tresses, arabesques….Et cette calligraphie superbe aussi! Notons enfin le sens du style de ses personnages, qui quand ils ne sont pas à poil, sont sobrement mais divinement habillés. La preuve?

PS: si vous me cherchez, je cherche cette robe sur Ebay…

J’ai déjà parlé ici de mon admiration pour Agnès Rosenstiehl, connue notamment pour avoir créé Mimi Cracra, l’une des héroïnes espiègles et décomplexées de mon enfance et notamment pour Mon Premier Alphabet. Elle est l’auteure d’une oeuvre assez pléthorique, et dans la même série que La Naissance, elle a notamment écrit La Séparation, qui est également magnifique et terriblement juste et émouvant.

On récapitule? 

En attendant Marcus, on a donc lu…

2 réflexions au sujet de « La Naissance »

  1. Oh lala ! La naissance, je le souviens l’avoir lu quand j’étais petite, dans une bibliothèque, en attendant ma mère, et les dessins m’avaient tellement marquée (mais pas choquée) que justement je me demandais comment retrouver ce livre dont j’avais oublié le titre. Que je suis contente de lir ce billet !!! Et en effet, la couverture de la réédition est très belle. Zou, sur ma liste d’achats pour bientôt.

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