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Un garçon sachant siffler

Attention: chef d’oeuvre.

Des découvertes, on en fait plein à la bibliothèque. Mais là j’avoue, on s’est fait cueillir. Ce qui est drôle, c’est qu’en ce qui me concerne en tous cas, c’est à la deuxième lecture que j’ai une une révélation, comme un jaillissement d’émotions, plein d’émotions différentes.

Une émotion esthétique d’abord, face à ces illustrations d’une beauté à couper le souffle, ces agencements de couleur, ces déclinaisons de textures, cet art du motif que j’aime tellement, les papiers peints, la chemise de Peter, le mur de briques. Je n’ai pas le bagage théorique ni le vocabulaire technique pour parler  de dessin, alors regardez plutôt:

"Un garçon sachant siffler" de Jack Ezra Keats

"Un garçon sachant siffler" de Jack Ezra Keats

Le petit Peter est tellement gracieux, que quand il marche, on dirait qu’il danse…

"Un garçon sachant siffler" de Jack Ezra Keats

La mise en page est bien sûr particulièrement soignée. Souvent, Peter passe d’une page à l’autre, d’un saut de puce ou d’un bond de kangourou (j’ai déjà dit comme ce garçon était aérien?), parfois son action occupe l’espace des deux pages, et parfois, comme sur la planche ci-dessous, Peter s’invite au premier plan. Cela correspond à sa petite épiphanie, le moment où enfin, Peter montre qu’il est parvenu à ses fins: siffler!

"Un garçon sachant siffler" de Jack Ezra Keats

Parce que oui, justement, de quoi parle Un petit garçon sachant siffler? Ca parle de Peter, qui se dit que ce serait tellement chouette de savoir siffler, ça lui permettrait d’appeler son chien Willie plus facilement! C’est sûr, ce serait chouette de siffler. Mais ce qu’on entend surtout dans ce livre, c’est la petite musique de l’enfance. Vous l’entendez vous? Moi, elle m’entête. Chaque page offre un petit concentré d’enfance: tourner sur soi-même jusqu’à en avoir le vertige, sauter pour semer son ombre, tracer des arabesques à la craie sur les trottoirs, se cacher dans des cartons vides, marcher le long des rainures. Peter a l’indolence et la grâce de l’enfance, comme le dit le petit texte de présentation à la fin du livre: « Et pourtant, que se passe-t-il dans cet album? Rien ou presque, ou plutôt une accumulation de presque riens, qui font le sel de l’enfance, à New York comme ailleurs: des jeux de peu, de l’improvisation, et un esprit libre et heureux. » Tout est dit, non?

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Ah, il reste quand même une chose à dire sur ce livre… On en parle, de cette famille afro-américaine? Ezra Keats, l’auteur, n’est pas afro-américain. Il est né en 1916, à New York, dans une famille immigrés juifs polonais. Vous me direz, pourquoi devrait-il être afro-américain pour dessiner une famille afro-américaine? Parce qu’en 1964, année où il publie le livre, dessiner une famille afro-américaine sans même, à aucun moment, que ce ne soit un enjeu narratif, ce n’est pas rien en Amérique. En pleine lutte pour les droits civiques, c’est même un engagement politique fondateur. Ezra Jack Keats a visiblement dessiné des enfants d’origines diverses tout au long de sa carrière d’illustrateur. C’était un pionnier en la matière, un peu à l’image de Gyo Fujikawa, l’une des idoles de mon enfance et dont j’ai déjà parlée ici.

Pour en savoir plus sur Ezra (genre, un de mes prénoms préférés au monde), n’hésitez pas à jeter un oeil sur le site de sa fondation. On y découvre par exemple un trombinoscope de ses petits héros new yorkais:

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En discutant avec des amis, on s’interrogeait sur la représentation des filles dans les livres pour enfants. Ici, c’est un autre aspect fondamental de l’exemplarité et de la représentativité des livres pour enfants qui est abordé. Voici comment Ezra est présenté sur son site: « Ezra Jack Keats broke the color barrier in children’s literature with the mainstream success of The Snowy Day, in 1962. He believed that all children should be able to see themselves in books they love. » Ca en fait un héros, non?

(si ça vous intéresse la version française de Jour de Neige, où l’on retrouve le petit Peter, est éditée visiblement aux éditions Circonflexe)

Un garçon sachant siffler a été réédité par Didier Jeunesse, dans sa collection Cligne Cligne, qui rassemble « des merveilles de la littérature pour les jeunesse méconnues du public francophone, chinées aux quatre coins du monde par Loïc Boyer. » Et bien pari tenu, il s’agit bien ici d’une petite merveille, et dans la même collection, on trouve un autre tome des aventures de Peter, La Chaise de Peter, que l’on va s’empresser de chercher!

 

Un garçon sachant siffler de Ezra Jack Keats, 1964, réédité par Didier Jeunesse en 2012

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7 réflexions au sujet de « Un garçon sachant siffler »

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