3-5 ans·Les livres récents

La Disparition de Chou

Quand on devient parent, on s’aperçoit qu’on met les pieds dans une sorte de grande communauté protéiforme avec plein de dogmes, de rites, de tocs, de marqueurs référentiels, plein de débats, de schismes, de point d’achoppements, et même de combats. Mais s’il y a bien un truc qui nous unit tous, nous les parents, une peur qui nous soude plus que toute autre (à part la mort, la maladie, le kidnapping, l’accident, la perte de l’enfant au supermarché, et la double gastro), c’est bien celle-ci: la perte du doudou.

A tel point que je me dis depuis 7 ans qu’il faudrait vraiment que j’écrive un film qui s’appellerait On a perdu Doudou, que ce serait certes un peu segmentant en terme d’accès au grand public dans son ensemble, mais que ça réaliserait assurément un carton auprès d’une tranche bien définie de la population composée de mères primi et multipares et de pères à temps plein ou partiel. Moi, tu me dis « On a perdu Doudou », je sens tout de suite l’angoisse monter, et je sens bien qu’en 4 petits mots, le suspense est à son comble. Ce serait un film, ou peut-être même une mini-série, je vous dis pas si on le retrouverait, mais ce serait haletant*.

(*EDIT: au moment même où je rédige ces lignes, je tombe sur Twitter sur la bande-annonce du nouveau film de Kad Merad et Olivier Baroux, aka Kad & Olivier, Le Doudou)( genre, j’intente un procès en plagiat pour vol d’idée dans ma tête) (non mais la poisse) (j’étais à ça du pactole)

La-Disparition-de-Chou-Stéphanie-Demasse-Pottier-Elodie-Perrotin

Quand les garçons sont nés, on a mis en place un stratagème brillant pour éviter le traumatisme assuré avec la perte de Doudou – surtout si tu t’en aperçois genre à 20h17, genre tu l’as oublié à la crèche. On a acheté trois fois le même doudou, et on n’en a donné qu’un seul au bébé. Tous les autres doudous offerts ont été stratégiquement remisés à la cave sur une étagère en hauteur, bien bien loin de la convoitise de l’enfant. Si j’avais un conseil à donner aux jeunes parents, un seul, ce serait celui-là: achetez votre doudou en trois exemplaires, et bannissez tout autre candidat au titre. (et si j’ai un conseil à donner en terme de cadeau de naissance, c’est : n’achetez jamais de doudou. Ou alors en trois exemplaires) (sinon achetez Le Livre des Bruits, ça fait toujours plaisir)

Mais pourquoi, ô grand pourquoi vous raconte-je tout ça?

Et bien parce que c’est justement cet épisode glaçant, ce trauma initial que nous raconte La Disparition de Chou de Stéphanie Demasse-Pottier et Elodie Perrotin. Mais sur un ton un peu moins alarmiste. Lola vit une petite vie bien tranquille avec ses parents, son chat et ses poissons rouges. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, à un point tel qu’elle soupçonne que les poissons rouges pourraient même être amoureux, c’est dire comme ils nagent tous dans le bonheur. Tous, ça inclut bien sûr Chou, son koala. Enfin, son doudou-koala. Chou, comme son nom l’indique, est absolument adorable.Chou est câlin, aimant et attentionné. Chou est drôle, tendre et fidèle.

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Seulement voilà, un jour, Chou n’est plus là. Disparu, enfui, envolé! Lola n’a que trois ans, mais elle est bouleversée. Elle va devoir apprendre à vivre sans Chou, lui qui a toujours été à ses côtés. A moins que… A moins que ses parents n’aient une idée…

Je ne vous en dis pas plus, et vous invite à découvrir par vous-même la résolution de ce thriller tendre et coloré. D’autant que si l’intrigue forcément parle aux parents, elle parle aussi aux enfants, pour qui la perte de doudou est un évènement pour le moins traumatisant (c’est vrai après tout, n’oublions pas les enfants), presque un rite de passage qu’il est toujours bon de pouvoir affronter bien préparé.

Aux illustrations, on découvre le travail dans l’air du temps d’Elodie Perrotin, des dessins aux traits noirs ponctués de touches colorées, déclinaison de quatre teintes fortes (un rouge, un jaune, un vert un bleu, en toute simplicité), plein de rondeur et de spontanéité. La mise en page très rythmée sert également le récit, entre vignettes, pleines pages, textes seuls ou encadrés. Les codes sont à la fois énergiques et hyper enfantins. On adore notamment cette planche on l’on découvre l’intérieur de l’habitation façon maison de poupée, ou l’air sincèrement préoccupée en un haussement de sourcil des camarades de Lola.

La-Disparition-de-Chou-Stéphanie-Demasse-Pottier-Elodie-Perrotin

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Ax textes, on retrouve Stéphanie Demasse-Pottier, dont on avait beaucoup aimé la Louise, qui déroule avec entrain et espièglerie un récit bien réglé, qui met crée une belle complicité entre les parents et les enfants autour de la résolution de l’énigme.

C’est toujours un plaisir (et une petite exclu en plus!) de recevoir un nouvel ouvrage publié par L’Etagère du Bas, toute jeune maison d’édition lancée il y a un peu moins de deux ans, et dont on suit avec grand intérêt les aventures et les publications que nous avons la chance de pouvoir découvrir régulièrement, comme Le Cri de Zabou, Quand j’étais petite, Louise donc, ou dernièrement Comme son ombre. Le livre sort le 15 mai!

La Disparition de Chou de Stéphanie Demasse-Pottier et Elodie Perrotin, Editions de l’Etagère du Bas, 2018

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